dimanche 30 décembre 2012

Anima, Wajdi Mouawad, Actes Sud.

"Dans la grande pataugeoire du printemps, l'étendue blanche fait paraître noirs les troncs des arbres du parc aux fontaines. Là, tout s'en va en suintant dans la grande pataugeoire du printemps. Comment manger ? Quoi manger ? Réserves dissipées, égarées. Agrippé à l'écorce de l'érable dont je suce des fragments arrachés pour en aspirer la sève, je l'observe de haut. Dans la grande pataugeoire du printemps, assis sur un banc dans le jardin fondant, il met la main dans la poche de son manteau. Je m'arcboute, anticipant une nourriture, noix ou bourgeons, mais rien. Je dois manger. Je bois la sève de l'érable, mais cela ne suffit plus et nul oisillon à dévorer. Rien, c'est-à-dire rien dans cette grande pataugeoire du printemps. Un objet porté à son oreille, il parle."





Un homme découvre une femme sauvagement assassinée. Cette femme c'est la sienne. L'homme se lance alors à la recherche du meurtrier, il ne sait pas pourquoi, il a besoin de voir son visage, besoin de se persuader que ce n'est pas lui qui l'a tué. Il part alors pour une épopée à travers le Canada et les États-Unis en passant par les réserves Mohawk, les guerres civiles, le Liban... Et découvre qui il est et d'où il vient.
Tout cela nous est raconté par les animaux : mouche, chat, renard, fourmis, chacun nous raconte ce qu'il voit et ce qu'il ressent, avec le verbe de Wajdi Mouawad, si poétique et cru.
Bouleversant.

dimanche 2 décembre 2012

D'un retournement l'autre, Judith Bernard, Théâtre Montmartre Galabru, 02/12/2012

"Certes, Votre Grandeur, une crise a eu lieu,
Mais pour autant faut-il en déformer l’enjeu ?
Il n’y a eu qu’anicroche, à peine un incident,
Voyez comme à nouveau nous sommes bien portants !
N’est-ce pas là la preuve et l’évidence même
Qu’il ne faut surtout pas modifier le système ?
" - Frédéric Lordon, D'un Retournement l'autre


Une comédie sur la crise financière en alexandrins et en musique s'il vous plait ! Des acteurs pleins d’énergie, dynamiques et heureux, une ambiance intimiste dans cette petite salle du théâtre montmartrois, et 1h15 de plaisir pour un spectacle ludique (sans être trop didactique) sur la crise économique ! Les rôles des acteurs de l'économie (banquiers, tradeurs, ministres...) sont interchangeables et les comédiens s'amusent à enfiler tantôt la veste de l'un, tantôt celle de l'autre. Un piano accompagne ce drôle de spectacle lui donnant des airs de cabaret !

mardi 27 novembre 2012

La Place Royale, Anne-Laure Liégeois, Théâtre du Vieux Colombier, 28/11/2012


On va dire que c'était un défi que de mettre en scène La Place Royale. C'est d'ailleurs une commande et on sent qu'Anne-Laure Liégeois n'est pas convaincue... Les personnages sont peu élaborés, l'intrigue n'est pas spécialement intéressante, la pièce n'a en somme pas grand intérêt. Et le défit est là : donner un peu de peps, de couleur et de reliefs à ces alexandrins tout pleins de poussière. Une danseuse fanée assise sur un banc spectatrice elle aussi de ces entourloupes amoureuses (s’ennuie-t-elle elle aussi ?), des boules à facettes, un Podalydès en grande forme, le tout dans un espèce de vestiaire abandonné... Bon ce n'est pas suffisant pour nous intéresser mais on sent du moins qu'il y a quelque chose derrière...

dimanche 25 novembre 2012

Nouveau Roman, Christophe Honoré, Théâtre de la Colline, 25/11/2012

"Ce vieux bateau crevé - l'opposition scolaire de la forme et du fond - n'a donc pas encore fait naufrage ?" - Alain Robbe-Grillet

 


Une mise en scène audacieuse, pleine d'inventions charmantes comme par exemple le fait de donner aux comédiens le rôle de personnages n'ayant rien à voir avec eux, comme par exemple Annie Mercier en Jérôme Lindon ou Ludivine Sagner en Nathalie Sarraute ! Et de surcroit les comédiens ne jouent pas Mauriac, Robbe-Grillet en Pinget mais existent tels qu'ils sont aujourd'hui, avec leur corps d'aujourd'hui et leur façon d'être ici et là. D'ailleurs le spectacle commence par une présentation "comme à l'école" de Julien Honoré introduisant le travail de son grand frère.
Pas spécialement familière avec le genre du nouveau roman j'ai parfois perdu le fil mais à chaque fois pour revenir avec plaisir.

mardi 20 novembre 2012

May B, Maguy Marin, Théâtre du Rond Point, 20/11/2012

"C'est fini. Ça va finir. Ça va peut-être finir." - Samuel Beckett in Fin de Partie

May B est une œuvre phare et vieille de trente ans qui ne prend pas une seule ride. On est emporté dans un univers pas tout à fait humain, où des pas tout à fait personnages maculés de poussière soufflent, caquettent et se meuvent dans un pas tout à fait quotidien. C'est drôle, c'est beau et ça semble c'est immortel.
Décalage, rupture, collectif, pourvu que le spectacle perdure : il ne faut pas que ça finisse !



mardi 6 novembre 2012

L'enterrement (Festen... la suite), Daniel Benoin, Théâtre du Rond Point, 06/11/2012

Est-ce bien Vinterberg qui a écrit ce texte fade, insipide et creux ? Le même qui avait réalisé le grand et bouleversant Festen ? Est-ce le metteur en scène Daniel Benoin qui a massacré (et c'est peu dire) à la fois les personnages, l'ambiance, et les enjeux du film ? Est-ce Mathilda May qui a traduit le texte du danois... ? Cela expliquerait bien des choses...
Il ne suffit pas de mettre de gueules connues sur un scène (et encore il aurait fallu mieux les choisir pour que ça attise notre curiosité !) pour produire un spectacle digne de ce nom. On a affaire à des comédiens de boulevard à peine capable d'articuler et de se tenir sur un plateau qui ridiculisent Festen, le vrai, le film. Et cette utilisation de la vidéo d'un mauvais goût ! Tiens si on venait parler d'inceste et de pédophilie sur le ton du vaudeville ?
Un zéro pointé pour Daniel Benoin et sa clique d'acteurs de série B.

mardi 25 septembre 2012

L'Atelier Volant, Valère Novarina, Théâtre du Rond Point, 25/09/2012

"Allons, milles-pattes, mettez-vous en marche ! Croissez, croisez-vous, multipliez-vous, peuplez nos ateliers ! Vas-tu produire bougre ? Je féconde l'homme. Il produit. Pour moi." - Valère Novarina in L'Atelier Volant.

Ah la langue de Novarina ! Que c'est bon ! Que c'est envoutant... On se laisse porter dans cet espèce d'entreprise d'on-ne-sait-quoi, on-ne-sait-où et d'on-ne-sait-quand où des humains machines se font exploiter par l'infâme Boucot. La bouche parle oui, enfin elle mastique les mots, elle les crache puis les ravale, à grands coups de dents elle s'attaque à la plus petite consonne oubliée derrière un carton poussiéreux. Et le corps s'y met aussi, il parle tout entier, des pieds à la tête en passant par les genoux, les narines, le nombril, le ... Oui on l'aura compris tout est en jeu dans le théâtre de Novarina !
Oui enfin on s'embête un peu quand même, on lâche prise plusieurs fois, puis on reprend, puis on s'endort à nouveau, c'est énervant, heureusement une chanson nous réveille, et c'est bon l'attention est captée à nouveau ! Puis on se rendort et ainsi de suite jusqu'à la fin. Une expérience singulière ça oui mais tellement dense ! Beaucoup trop dense.