"Dans la grande pataugeoire du printemps, l'étendue blanche fait paraître noirs les troncs des arbres du parc aux fontaines. Là, tout s'en va en suintant dans la grande pataugeoire du printemps. Comment manger ? Quoi manger ? Réserves dissipées, égarées. Agrippé à l'écorce de l'érable dont je suce des fragments arrachés pour en aspirer la sève, je l'observe de haut. Dans la grande pataugeoire du printemps, assis sur un banc dans le jardin fondant, il met la main dans la poche de son manteau. Je m'arcboute, anticipant une nourriture, noix ou bourgeons, mais rien. Je dois manger. Je bois la sève de l'érable, mais cela ne suffit plus et nul oisillon à dévorer. Rien, c'est-à-dire rien dans cette grande pataugeoire du printemps. Un objet porté à son oreille, il parle."
Un homme découvre une femme sauvagement assassinée. Cette femme c'est la sienne. L'homme se lance alors à la recherche du meurtrier, il ne sait pas pourquoi, il a besoin de voir son visage, besoin de se persuader que ce n'est pas lui qui l'a tué. Il part alors pour une épopée à travers le Canada et les États-Unis en passant par les réserves Mohawk, les guerres civiles, le Liban... Et découvre qui il est et d'où il vient.
Tout cela nous est raconté par les animaux : mouche, chat, renard, fourmis, chacun nous raconte ce qu'il voit et ce qu'il ressent, avec le verbe de Wajdi Mouawad, si poétique et cru.
Bouleversant.
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